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Numéro 1

Article

Autisme syndromique et épilepsie


Y. Hizem, Service de Neurologie, CHU Razi, la Manouba, Tunisie
A. Gargouri, Service de Neurologie, CHU Razi, la Manouba, Tunisie
M. Ben Djebara, Service de Neurologie, CHU Razi, la Manouba, Tunisie
F. Jemli, Service de Neurologie, CHU Razi, la Manouba, Tunisie
R. Gouider, Service de Neurologie, CHU Razi,  la Manouba, Tunisie

Date de publication : 19 novembre 2006

Résumé

L’autisme est un trouble sévère du développement qui peut être idiopathique ou syndromique. Il est  souvent accompagné d’épilepsie. Cette association est d’autant plus fréquente quand l’autisme est syndromique d’une pathologie neurologique ou génétique. Au cours de l’autisme, l’épilepsie est caractérisée par une difficulté diagnostique et thérapeutique.

Patients et méthodes : nous avons colligé 14 cas d’autisme syndromique associé à une épilepsie. Nous avons précisé les antécédents périnataux et le développement psychomoteur. Un examen neurologique et une imagerie cérébrale ont été réalisés pour tous les patients. Pour l’épilepsie, nous avons précisé l’âge de début, le type des crises, le résultat de l’EEG et l’évolution sous traitement.

Résultats : Il s’agissait de 5 cas d’encéphalopathie anoxique, 3 cas de syndrome de Rett, 2 cas de sclérose tubéreuse de Bourneville, 2 cas d’anomalies du développement cérébral, un syndrome polymalformatif et un cas d’anomalie chromosomique. L’âge de début de l’épilepsie était de 19.46 mois. Les crises étaient généralisées (7 cas), partielles (3 cas) ou l’association des 2 types de crises (4 cas). L’EEG a montré des anomalies épileptiformes chez 11 patients. L’évolution sous traitement était favorable chez 10 patients.

Discussion et conclusion : l’épilepsie est le plus souvent associée à l’autisme syndromique. Cette comorbidité est le reflet de l’état cérébral sous jacent. Le diagnostic de l’épilepsie chez les patients autistes n’est pas toujours aisé, en effet les comportements autistiques peuvent être confondus avec des crises épileptiques, et certains types de crises partielles sont difficiles à évoquer chez ce groupe particulier de malades. L’apport de l’EEG est limité du fait de l’existence d’anomalies paroxystiques chez les patients autistes en dehors de toute épilepsie.

Abstract

Syndromic autism and epilepsy

Autism is a very severe neurological disorder which can be idiopathic or syndromic. In the later, it is secondary to known brain pathology. Risk of epilepsy is high in autism compared to general population particularly in syndromic one. This comorbidity reflects an underlying brain dysfunction.

Methods: we described 14 patients with syndromic autism and epilepsy. The autism was established according to DSM IV criteria and we define epilepsy as two or more recurrent unprovoked seizures. In this group we identified the pathology associated to autism in each case and we precise for epilepsy the age of onset, the type of seizures, their frequency and the response to anti epileptic drugs. EEG recording and neuroimaging had been performed in all patients.

Results: In our study group, pathologies associated to autism were: anoxic encephalopathy (5 cases), Rett syndrome (3 cases), tuberous sclerosis (2 cases), cortical abnormalities (2 cases), polymalformatif syndrome (1 case), and abnormal chromosomal number (1 case).

The crises started in first two years in all patients (19 months). The seizures were generalized in 7 patients, partial in 3 patients and mixed in 4 patients. EEG showed paroxysmal abnormalities in 11 patients.

Conclusion: epilepsy is more common in syndromic autism. The diagnosis of epilepsy in patients with autism may be difficult for several reasons. Autistic behaviors can closely mimic epileptic seizures and epileptiform activity in EEG without clinical seizures is frequent in autistic patients.


Table des matières

Texte intégral

L’autisme est un trouble envahissant du développement caractérisé par une altération de l’interaction sociale, de la communication et par des comportements stéréotypés. Il peut être idiopathique ou bien syndromique quand il s’associe à une pathologie identifiable (1).

Une épilepsie peut accompagner l’autisme qu’il soit idiopathique ou syndromique (2, 3,4). Cette comorbidité a été décrite depuis 1943 par Kanner (1). Il s’agit dans la plus part des cas d’un autisme syndromique (5). De nombreuses pathologies en particulier neurologiques et/ou génétiques associent ces deux conditions et reflètent un dysfonctionnement cérébral sous jacent (1).

Nous présentons les résultats de 14 observations d’autismes syndromiques avec manifestations neurologiques associés à une épilepsie, nous en précisons les caractéristiques cliniques et électroencéphalographiques et nous rappelons les principales étiologies décrites chez ce groupe particulier de patients.

Le diagnostic d’autisme était établi selon les critères diagnostiques DSM IV (A : qualité de l’interaction sociale, B : qualité de la communication, C : les comportements répétitifs et stéréotypés).

Nous nous sommes intéressés uniquement aux cas d’autisme syndromique associé à une épilepsie définie par la récurrence d’au moins deux crises non provoquées, et ce pendant la période d’octobre 2002 à décembre 2005. Nous avons colligé 14 cas. Les incidents périnataux et le développement psycho moteur ont été précisés pour chaque patient. Nous avons déterminé l’âge de début de l’épilepsie, le type des crises, l’existence de crises fébriles ou auto induites, l’évolution sous traitement et la nature du syndrome associé à l’autisme dans chaque cas.

Un examen clinique et un bilan biologique de routine ont été réalisés chez tous les patients. Un EEG vidéo de 2 à 4 heures a été réalisé chez 12 patients et un EEG standard chez 2 patients. Un caryotype a été effectué chez 8 patients et une imagerie cérébrale (TDM et/ou IRM) chez 14 patients.

Sur 31 patients autistes adressés pour un examen neurologique, nous avons colligé 14 cas d’autisme syndromique associé à une épilepsie. Il s’agissait de 9 garçons et de 5 filles avec un sex ratio de 1.8. L’âge moyen était de 11.13 ans avec des extrêmes allant de 5 à 23 ans.

Une souffrance périnatale était retrouvée chez 8 patients. Onze patients ont présenté un retard homogène du développement psychomoteur. Un retard isolé du langage a été constaté chez un seul enfant, et une régression du développement a été notée chez deux autres patients à l’âge de 2.5 ans et de 2 ans.

Les pathologies associées à l’autisme chez nos patients étaient une encéphalopathie anoxique dans 5 cas, un syndrome de Rett dans 3 cas, une sclérose tubéreuse de Bourneville (STB) dans 2 cas, une malformation cérébrale dans 2 cas, un syndrome polymalformatif (malformation oculaire et agénésie des pouces) dans un cas et une anomalie chromosomique (chromosome surnuméraire) dans un cas.

L’âge moyen de début de l’épilepsie était de 19.46 mois (extrêmes de 3 mois à 6 ans). Les crises étaient généralisées dans 7 cas (53%), partielles complexes dans 3 cas (23%) et une association de crises partielles et généralisées était notée chez 4 patients. Les spasmes infantiles avaient inauguré l’épilepsie chez deux patients à l’age de 9 mois.

L’EEG était normal dans un cas et avait montré un rythme de fond (RF) désorganisé dans 2 cas. Des anomalies épileptiques à  type de pointe (P) et de pointe onde (PO) étaient présentes dans 11 cas, elles étaient généralisées chez 6 patients avec une hypsarythmie dans un cas, et focalisées dans 5 cas. Les anomalies paroxystiques étaient concomitantes à des crises épileptiques dans 2 cas (cas n° 3 et 8).

L’imagerie cérébrale était anormale chez 6 patients. Elle avait montré une atrophie cortico sous corticale pariéto occipitale dans le cas n° 4 et temporale droite dans le cas n° 6, une leucomolacie périventriculaire dans le cas n° 5, des tubers dans le cas n° 9, une agénésie du corps calleux avec une hétérotopie sous épendymaire dans le cas n° 12 et une hypoplasie du corps calleux avec importante dilatation des espaces sous arachnoidien dans les régions frontales cas n° 14. Le caryotype était anormal dans un cas montrant un chromosome surnuméraire.

Une monothérapie à base de valproate de sodium (VPA) était prescrite chez 9 patients, les 5 autres patients étaient sous polythérapie à base de VPA en association avec le phénobarbital, la carbamazepine ou le clonazepam. L’évolution sous traitement était marquée par une disparition des crises chez 3 patients. Une amélioration de la fréquence des crises d’environ 70% était notée chez 7 patients et une persistance des crises était notée chez 4 autres patients, elle était en rapport avec une mauvaise observance dans un cas, d’une pharmacorésistance dans un autre cas et avec l’existence de crises provoquées par une hyperventilation chez 2 patients. Huit patients étaient déjà sous traitement psychotrope à type de neuroleptiques (NLP) classiques dans 7 cas (thioridazine, haoperidol, propériciazine) et de NLP atypique (risperidone) dans un cas. Un seul patient avait présenté des dyskinésies secondaires aux NLP. Nous n’avons pas noté de modification de la fréquence des crises épileptiques sous NLP.

Tableau 1. Données cliniques

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Tableau 2. Epilepsie

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Discussion

L’autisme est un trouble envahissant du développement caractérisé par la détérioration dans l’interaction sociale, dans la communication verbale et non verbale et par des comportements stéréotypés (6).

Il est le plus souvent idiopathique ou primaire sans cause décelable. Il peut être secondaire dans 11 à 37 % des cas (1), il s’associe dans ce cas à un syndrome identifiable et sera appelé de ce fait syndromique (1). L’autisme syndromique peut se voir dans différentes affections neurologiques et de maladies génétiques à expression neurologique et au cours desquelles l’épilepsie fait partie du tableau clinique (5). Ces mêmes affections peuvent entraîner en plus une épilepsie associée à un syndrome autistique (8). En effet 1/3 des autistes présentent au moins deux crises non provoquées dans leur vie (8).  Kanner a décrit les premiers cas de cette comorbidité dès 1943. La prévalence de cette association varie de  5 à 47% et représente 1/3 des cas dans les études récentes (4, 5). Elle est supérieure à celle de la population générale 2-3% (8). L’épilepsie a été considérée comme  facteur de mauvais pronostic dans l’évolution de l’autisme (3). Pavone et al. en 2004 ont montré que l’épilepsie est plus fréquente dans l’autisme syndromique : 55% des cas, et que la pathologie associée à l’autisme peut aggraver la fréquence des crises épileptiques chez les patients autistes.

Le syndrome de Rett est un exemple de pathologie qui réunit très souvent autisme et épilepsie. Cette dernière est présente dans plus de 90% des cas (18). Les crises sont variables, essentiellement de type partiel complexe (94%), ou TCG (53%) (12). Les crises surviennent habituellement entre 3 et 5 ans (13). L’épilepsie peut être difficile à contrôler chez certaines patientes alourdissant leur handicap. Dans notre série les crises étaient moyennement contrôlées Chez la patiente numéro 8, la persistance des crises était en rapport avec les crises auto induite par une hyperventilation. Chez les filles Rett, certains comportements autistiques peuvent être confondus cliniquement avec des crises épileptiques. L’EEG ne montre pas de modification concomitante à ces épisodes dans 42% des cas, par contre il aide à identifier de vraies crises non rapportées par les parents dans 15% des cas (12).

Dans la STB l’épilepsie et la déficience mentale avec des troubles de comportement de type autistiques représentent le risque majeur. L’épilepsie concerne 79% des patients (14) et l’autisme est signalé dans 43 à 86%  des cas (15). Le début de l’épilepsie est souvent précoce, avant l’age de 1 an dans 2/3 des cas. Des spasmes infantiles s’observent dans près de la moitié des cas. Dans notre série l’age de début de l’épilepsie était de 4 et 9 mois et les spasmes avaient inauguré l’épilepsie chez un patient.

Dans notre série nous avons 5 cas d’encéphalopathie anoxique (30%). Chez les patients autistes, les incidents périnataux sont plus importants que dans la population générale. Il peut s’agir d’anomalies de la grossesse, d’exposition fœtale aux toxiques, de dysmaturité et tout problème lors de l’accouchement ou de la période postnatale précoce responsable d’une anoxie cérébrale (16).

Au cours de l’autisme, la confirmation clinique des crises épileptiques est souvent difficile chez ce groupe particulier de malades (9). En effet, les stéréotypies et les tics risquent d’être confondus avec des crises partielles (8). Les crises sensitives et sensorielles sont difficiles à décrire par les patients et leur entourage (3) et les absences complexes sont souvent prises pour des comportements autistiques (8).

Tous les types de crises peuvent se voir au cours de l’autisme (8). Dans notre série, les crises généralisées étaient plus fréquentes : 53% des cas. Ce ci peut être expliqué par la difficulté du diagnostic des crises partielles qui passent souvent inaperçues et non rapportées par la famille. En plus la réalisation d’enregistrements EEG plus prolongés (EEG vidéo de 24 heures et EEG de sommeil) est difficile devant les troubles de comportement importants chez ces patients. Dans la littérature les crises étaient essentiellement partielles : ¾ des cas (3,10), mais la prévalence de l’épilepsie et le type de crises variaient avec la population étudiée. Dans une étude suédoise les crises étaient surtout partielles complexes (11). Dans une large cohorte américaine elles étaient surtout généralisées (TCG et absences complexes). L’interrogatoire de l’entourage est limité et un début partiel de la crise avant sa généralisation peut passer inaperçu ce qui rend la classification des crises difficile (3).

Le syndrome de west était noté chez 2 de nos patients. Dans la littérature, l’antécédent d’un syndrome de West était retrouvé chez 12% des patients  autistes, et plus de 10% des enfants ayant présenté un syndrome de west ont développé par la suite un syndrome autistique (1).

L’âge et l’étiologie sous-jacente du syndrome autistique constituent un facteur de risque de survenue de l’épilepsie. Dans notre série l’âge de début des crises était inférieur ou égal à 2 ans dans 11cas. Deux pics de fréquence ont été rapportés: premier pic avant 2 ans et un deuxième pic à l’adolescence (8).

Chez les patients autistes, l’EEG est indiqué en cas de forte suspicion d’épilepsie ou devant une régression psychomotrice importante ou apparition des troubles du comportement (1,4). L’EEG-vidéo reste un outil de grand apport, en effet il révèle une multitude de comportements mimant des crises épileptiques dans de nombreux cas et permet ainsi de les distinguer des vraies crises épileptiques. (9).

Différentes études ont noté la possibilité d’une épilepsie infraclinique au cours du syndrome autistique. Des anomalies épileptiques peuvent se voir dans 18 à 64% des cas (9). Les anomalies EEG rencontrées au cours de l’autisme peuvent être focales, multifocales ou généralisées (9). Dans 10% des cas on retrouve les mêmes anomalies (P et de PO périsylviennes uni ou bilatérales ou des PO continues du sommeil) rencontrées au cours du syndrome de Landeau Kleffner (SLK) (8). Dans notre série l’EEG avait montré des anomalies épileptiques dans 10 cas, elles étaient généralisées dans 6 cas et focalisées dans les cas de leucomalacie, de STB et d’anomalie du développement cortical. L’EEG de sommeil n’a pas été réalisé chez nos patients vu la difficulté de sa réalisation.

Une grande majorité d’auteurs justifie le traitement par des antiépileptiques au cours de l’autisme en cas d’anomalies électriques infra cliniques vu l’amélioration possible des traits autistiques (17). Des cas de récupération complète ou d’amélioration importante des traits autistiques à l’emploi du valproate de sodium du clobazam, du topiramate ou de la lamotrigine ont été rapportés. Par contre il serait préférable d’éviter les anti épileptiques GABAergiques tels que le phenobarbital, la carbamazepine et la gabapentine, qui favoriseraient la diffusion des décharges épileptiques et aggraveraient les troubles du comportement (17).

Au cours de l’autisme, nous avons souvent recours à la prescription de psychotropes devant les comportements agressifs. Celle-ci doit être attentive à cause du risque de baisser le seuil épileptogène. Le risperidone (Risperdal) agissant à la fois sur les systèmes sérotoninergiques et dopaminergiques est utilisé auprès des autistes pour réduire les comportements répétitifs ou automutilatoires, l'irritabilité et la dépression. Il reste le traitement de choix à coté de l’haloperidol (haldol). Les neuroleptiques qui agissent sur le système dopaminergique, tels que la chlorpromazine (Largactil) et le thioridazine (Melleril) sont controversés en raison de leur effet sédatif chez les autistes (18).

L’autisme syndromique est souvent accompagné d’épilepsie. Il s’agit plutôt d’une comorbidité liée au degré de dysfonctionnement cérébral qu’à l’autisme lui même. Cette épilepsie est particulière du fait de sa difficulté diagnostique d’une part et de l’apport relatif de l’EEG sur ce terrain particulier d’autre part.

Au cours de l’autisme syndromique, la connaissance de la maladie causale permet de prévoir le pronostic évolutif et d’avoir une approche thérapeutique plus précise. Les antiépileptiques en dehors des GABAergiques amélioreraient les traits autistiques.



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Pour citer cet article


Y. Hizem, A. Gargouri, M. Ben Djebara, F. Jemli et R. Gouider. «Autisme syndromique et épilepsie». RMNSCI.NET, Numéro 1, 19 novembre 2006, http://www.rmnsci.info/document.php?id=326.





Revue électronique internationale publiée par la faculté de Médecine de Sfax (Tunisie), en partenariat avec la faculté de Médecine de Tunis (Tunisie), la faculté de Médecine de Rabat (Maroc) et la faculté de Médecine de Blida (Algérie) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) - ISSN 1737-7927